Trouver les carpes en rivière
- Jean François Malange et Laurent Richard
- 16 déc. 2025
- 5 min de lecture
Le grand Rod Hutchinson le disait : il vaut mieux un mauvais appât placé au bon endroit que le meilleur appât du monde mal placé… Cette donnée est valable aussi bien en eau close qu’en eau courante. Loin de nous l’idée de donner une fiche méthode parfaite mais simplement des pistes, des hypothèses et des pratiques, ancrées dans des expériences empiriques du bord de l’eau, aussi bien en petit que moyenne rivières…

En cumulant nos deux « vies » de pêcheurs, nous avons plusieurs dizaines d’années d’expérience de pêche de la carpe en rivière. Le titre de cet article laisse à penser qu’on connait tout mais le bilan de toutes nos expériences ferait plutôt référence à Socrate « Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien ». Nous avons expérimenté pas mal de choses aussi bien en termes de lieux que de stratégies. Il semble possible de dégager quelques généralités, de dire que certaines choses soient communes mais il y a toujours moyen de trouver une exception qui confirme la règle.

De quoi on parle ?
Il existe plusieurs tailles de rivière : pour notre part, la majorité de nos expériences se concentre sur les petites et moyennes rivières à biefs, c’est-à-dire avec des chaussées et donc des bassins ou l'eau y circule par-dessus les chaussées, ainsi que par les écluses ou les bras morts et/ou affluents. Le courant peut y être très fort lors de fortes pluies en automne ou hiver à quasiment néant lors de la période estivale, d’où l’intérêt de moduler son poste au fil des saisons.

Il y a des rivières spécifiques comme les rivières à marée et/ou les eaux saumâtres par exemple. Dans tous les cas, le positionnement de la batterie et du pêcheur sur la berge doit être rigoureux pour permettre la capture du poisson lors de départs. Il y a deux grands types d’éléments à prendre en considération pour trouver les carpes : les obstacles et les différentes zones.

Les obstacles et les différentes zones
Il existe schématiquement deux types de zones : les zones d’alimentation et les zones de tenue, même si assez souvent les deux se mêlent et que les choses sont beaucoup plus complexes. Les obstacles sont des arbres immergés, les plantes comme les nénuphars, les jussies, les élodées… Mais aussi les éboulis rocheux et toutes les choses qui peuvent être dans l’eau pour former une zone confortable pour les poissons. Les obstacles sont toujours des aimants à carpes. Il ne faut pas les négliger en les pêchant efficacement pour ne pas louper les poissons qui s’y tiennent et avoir le matériel solide pour cette épreuve de force.

Les zones varient selon les saisons, le courant et la configuration de la rivière. Les haut fonds, les amorties, les arrivées d’eau : voici un large échantillon des zones où le courant est atténué comme en amont d’une chaussée après les fortes pluies (souvent le courant y est freiné). Vous l’avez compris, un sondage méticuleux de la zone de pêche au préalable est primordial. Cela permet de savoir si le spot est pêchable et sans obstacle au fond de l’eau et si la zone entre la dépose du montage et le pécheur est propre.

Cela évite d’avoir de mauvaises surprises lorsque la ligne est tendue et surtout lors du combat avec un poisson qui se « tanque » dans un obstacle qu’on aurait pas vu. D’une année sur l’autre, il est impératif de sonder à nouveau les postes pêchés car les fonds bougent énormément et beaucoup plus qu’on ne le pense ou qu’on ne le voit à l’œil nu. Utiliser un sondeur type Deeper ou un écho embarqué en baiboat ou carrément une embarcation sont les options possibles.
Amorçages préalables, la clé du succès ?
Plusieurs jours de préamorcage sont nécessaires pour avoir des résultats réguliers, de préférence le matin ou midi. Si comme nous vous effectuez des pêches d’après-midi sans nuit, juste quelques heures, cela permet de déclencher des touches plus rapidement. Si vous péchez de nuit, un amorçage le soir sera tout aussi rentable.

Attention, lors de l’automne et jusqu’au printemps, il est judicieux de prévoir une zone d’amorçage qui sera exploitable même si la rivière devient forte avec le courant. En effet il est très désagréable de commencer une séance d’amorçage et que les conditions météos rendent la pêche impossible du fait d’une montée des eau et d’un courant violent, ce qui a un coup en appâts et temps !

Sans bateau, pêchez dans vos bottes !
Souvent on se rend compte, des résultats plus que satisfaisants en pêchant les trois premiers mètres sous nos cannes. Souvent nous faisons entre 2 et 3 spots sur une trentaine de mètres de rivière que nous préamorçons au moins 2 fois à l’avance et en pêchant à maximum 3 mètres de la berge. Il faut pêcher à deux ou trois cannes maximum et être très discret mais c’est un type de pêche passionnant et une solution hyper fiable pour pérenniser les ALT même en cas de montée rapide des eaux et d’un gros débit.

Vous gagnez du temps, de la confiance et de l’efficacité. Il est par contre déconseillé d’insister des jours et des jours en cumulatif car les poissons réagissent très vite à la pression de pêche même quand les carpes sont très peu pêchées. On voit là l’intérêt d’amorcer plusieurs biefs en même temps.
Attention elles bougent !
On aborde ici un sujet peu médiatisé mais bien réel sur de nombreuses rivières. Que ce soit de façon personnelle ou de manière interactive à travers nos réseaux d’amis, on s’aperçoit qu’en rivière les poissons « bougent », en excluant les déplacements suspects et malhonnêtes réalisés par la main de l’homme (sans incriminer les pêches de sauvetage dans le cadre des mises à sec officielles de certains biefs). A l’occasion des crues notamment et/ou des utilisations des écluses ; on est en droit de supposer que les carpes changent de biefs, parfois plusieurs fois par an !

Les anecdotes ne manquent pas et permettent de nous rappeler que la nature reste autonome, surprenante et indépendante (voir encadré). D’autres pêcheurs, sur des rivières plus grandes, ont été complètement bouleversés de prendre une carpe qu’ils avaient ciblé et pris l’année d’avant mais sur le bief du dessus ou du dessous. Même si les carpes bougent, les grands repères restent les mêmes et nous vous souhaitons à tous de tester et d’affirmer ou d’infirmer les quelques pistes esquissées ici !
Faire un montage simple et solide
Pour prendre les carpes en rivière il faut pêcher de façon très forte : grosses tête de ligne, bas de ligne de 35 lbs minimum et gros hameçon et si possible lest type cailloux ou grosse pierre. La tresse en corps de ligne rend souvent de très grand service ou à défaut un nylon d’au moins 40 centièmes.

Les carpes migratrices ?
Sur une petite rivière gersoises, Jef pêche un bief long de plusieurs kilomètres. En parallèle, il lui arrive de pêcher un petit plan d’eau connecté à la rivière. Mais la connexion ne se fait pas par le premier bief cité (il existe un autre petit bief entre le premier et le petit lac). Et bien la même année, il a pris le même poisson à quelques semaines de différences, provoquant une grande stupéfaction. Photo 1 dans un grand bief, photo 2 même poisson deux mois plus tard un bief plus bas.







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