Quand les géantes tombent… et retombent
- Benjamin Lux

- 22 déc. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 22 déc. 2025
La période de la Toussaint est toujours un moment charnière de la saison. Les conditions climatiques oscillent entre les dernières journées douces de l’automne et les premiers signes de l’hiver. C’est une fenêtre particulièrement propice à l’activité des grandes carpes, qui cherchent alors à constituer leurs réserves avant la saison froide. Dans le Sud-Ouest, le mois d’octobre fait souvent office d’« été indien », une période que je privilégie depuis plusieurs années pour organiser mes stages de pêche à destination des adolescents, sur un plan d’eau communal d'environ 10 hectares.

Pour ces deux semaines de stages de la Toussaint, l’approche retenue était volontairement simple, mais en total décalage avec les habitudes des pêcheurs fréquentant le site. J’ai choisi de mettre en place un amorçage très large et volontairement espacé, sur environ 150 mètres de long pour 50 mètres de large, positionné sur une zone de passage que les poissons seraient amenés à fréquenter tôt ou tard, sur plusieurs jours, avant l’arrivée des jeunes stagiaires. Une seule canne était placée sur cet amorçage afin de confirmer la présence des poissons et d’ajuster précisément les quantités d’appâts distribuées. Les deux autres cannes étaient positionnées à l’opposé du plan d’eau, dans l’objectif de mettre la pression sur un secteur éloigné et d’observer les déplacements du cheptel.

Les cinq premiers jours passent sans que l’amorçage ne produise la moindre touche, malgré une activité visible en surface. Quelques poissons viennent toutefois animer les cannes placées à distance, dont une belle carpe commune de 19 kilos. La veille du début des stages, les premiers poissons se décident enfin à se nourrir sur la zone amorcée. Il est alors temps de faire évoluer la stratégie : deux cannes sont repositionnées sur l’amorçage, tandis qu’une troisième est placée sur un spot précis d’environ 40 à 50 m², situé une cinquantaine de mètres sur la droite.

Dès le premier jour, le choix s’avère payant. Une grosse carpe commune de 25 kilos rejoint le tapis et valide immédiatement ce nouveau placement. Le lendemain, c’est une carpe miroir de 27 kilos qui vient se nourrir en plein cœur de l’amorçage. Les conditions sont désormais réunies pour accueillir les stages dans les meilleures dispositions : les poissons sont présents, et les plus gros sujets du plan d’eau aussi.
Mais la suite dépassera largement mes attentes.

Le dimanche, les premiers jeunes apprentis carpistes arrivent, impatients de vivre leurs premières émotions fortes. À trois heures du matin, un départ retentit sur la canne positionnée à l’écart. Hélios prend le relais pour le combat. Le poisson est lourd, lent, et prend du fil de manière presque interminable.Une fois au filet, le doute s’installe : la morphologie de cette grosse commune semble familière. La pesée affiche 24,5 kilos. Un comptage immédiat des piqûres révèle seulement deux marques, très fraîches. La seconde est parfaitement ancrée, à plus de trois centimètres dans le fond de la bouche, preuve que le poisson était totalement en confiance sur l’appât. La comparaison des photos, réalisée le lendemain, confirmera l’intuition : il s’agissait bien du même poisson capturé quarante-huit heures plus tôt.

Les jours suivants, les poissons continuent de répondre présents. Puis, en milieu de journée, une touche intervient sur la canne placée à l’écart. C’est le jour de Kade, un jeune Américain de 13 ans, qui n’oubliera jamais son séjour en France. Le combat est long, intense, et une carpe miroir de 24,2 kilos perce la surface avant de rejoindre le filet.À peine le temps de savourer ce moment qu’un second départ retentit sur la même canne, deux heures plus tard. Malgré la fatigue, Kade maîtrise parfaitement le combat et met au sec une carpe miroir de 26 kilos. Une nouvelle fois, il s’agit du même poisson, capturé cinq jours auparavant à 27 kilos. Deux spécimens majeurs du plan d’eau, capturés à répétition en un laps de temps très court.
Cette première semaine de stage restera exceptionnelle, avec trois poissons de plus de 25 kilos, deux poissons dépassant les 24 kilos, une carpe de 22 kilos et huit poissons compris entre 15 et 19 kilos, pour un total de vingt-quatre captures.

La seconde semaine s’avère tout aussi riche en touches, mais avec une moyenne de poids nettement inférieure. L’arrivée des premières petites communes laisse supposer que les plus gros sujets ont quitté la zone amorcée.Cette hypothèse sera confirmée par la capture d’un poisson de 25 kilos dans une entrée de baie jusque-là inexploitée. Il s’agissait de la carpe miroir de 24,2 kilos capturée par Kade quelques jours plus tôt, preuve que ce poisson avait bel et bien déserté la zone initiale.

Le conditionnement et la mise en confiance parlent ici d’eux-mêmes. Trois des quatre plus grosses carpes du plan d’eau ont été capturées, et toutes les trois l’ont été à deux reprises en seulement quelques jours. Les poissons s’étaient clairement accoutumés à l’appât, revenant se nourrir sans méfiance.La hiérarchie naturelle du cheptel, structurée de manière pyramidale, a poussé les plus gros sujets à évincer les plus petits de la zone amorcée, expliquant la moyenne de poids exceptionnelle observée lors de la première semaine.
En conclusion, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 4 poissons de plus de 25 kilos, 3 poissons de plus de 20 kilos et 12 poissons au-dessus de 15 kilos. Mais au-delà des statistiques, ce sont surtout vingt jeunes carpistes qui sont repartis avec le sourire, des étoiles plein les yeux, des souvenirs impérissables et un seul mot à la bouche : incroyable.
Benjamin Lux — Moniteur guide de pêche



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