PÊCHER, ENCORE ET ENCORE
- François Jeanfils

- 6 janv.
- 2 min de lecture
Publié il y a plus de vingt ans dans le magazine Le Pêcheur Belge, cet éditorial de François Jeanfils appartient à ces textes rares qui traversent les époques sans perdre leur justesse.
Pêcher, encore et encore n’est pas un article technique, mais une confession sensible, une plongée intérieure dans ce qui pousse certains d’entre nous à revenir inlassablement au bord de l’eau. À travers des mots simples et puissants, l’auteur met en lumière une pêche vécue comme une harmonie avec le vivant, une quête de sens, un retour à l’essentiel.
Un éditorial culte, profondément humain, qui rappelle que la pêche dépasse l’acte de capturer un poisson : elle est un ressenti, une évidence, un battement de cœur.
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Pêcher, encore et encore
Éditorial de François Jeanfils
Souvent, nous devons expliquer à notre entourage, intrigué par nos escapades répétées, parfois nocturnes, ce qui nous pousse, encore et encore, à nous fondre dans les mystères de la vie au bord de l’eau. Pourquoi pêcher, sans relâche ?

Ils sont rares, ceux qui comprennent. Plus qu’incompris nous devenons source de moqueries. Et peu à peu, nous renonçons à expliquer. Car comment mettre des mots sur ce bonheur insondable : celui de se sentir accepté par l’eau et par tout ce qui y vit ? Comment décrire cette exigence intérieure qui nous pousse à aiguiser nos sens, à retrouver une vigilance presque animale, à redevenir pleinement vivants ?
Nous allons à la pêche pour nous situer dans la nature, y exister sans filtre, avec nos tripes. Dans cet univers que le « progrès » nous a lentement fait oublier et qui aurait toujours dû être le nôtre, nous cherchons à retrouver notre âme. Sans nous imposer. Simplement, en vivant en bonne intelligence avec le milieu naturel. En apprenant à lire les signes, avec humilité et simplicité.
Nos plus grandes heures de pêche ont toutes un point commun : une harmonie parfaite avec les éléments. De la forme d’un nuage dans le ciel bleu aux ombres inquiétantes de la nuit, du furtif éclat d’écailles sur une zone amorcée aux reflets lunaires, du murmure apaisant des grands arbres au chant effervescent du rossignol nocturne… c’est la plénitude des sens.
C’est alors que tout devient évidence : pourquoi le poisson est là, ce qu’il mange, comment l’aborder et comment le prendre. Sous un calme apparent, nous avons l’œil du tigre. Nous pêchons vrai, libérés des considérations techniques inutiles. Les gestes sont simples, sûrs, mesurés. La concentration est totale, la détermination intacte. C’est cela, la clé.
Et lorsque ces instants se partagent avec un ami, ces trésors gratuits prennent une dimension presque sacrée. Là, oui, on touche au nirvana et l’on trouve une raison sincère de croire au divin.
La pêche, vous l’aurez compris, mieux que notre entourage car vous êtes des nôtres, dépasse largement l’acte de pêcher.
C’est du ressenti. Du vivant. Du vrai.
Un battement de cœur.



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