CARP FEVER - KEVIN MADDOCKS
- Fabrice Duhamel

- 23 déc. 2025
- 11 min de lecture
S’il y a un livre qui a marqué les carpistes Français, c’est bien CARP FEVER de Kevin Maddocks. Une vraie révolution sur l’hexagone au début des années 80. D’incroyables révélations à l’époque où nous pêchions encore au maïs, à la patate ou encore au lombric. Dans chaque livre nous apprenons des choses, et celui-ci ne déroge pas à la règle.

Editée par Beekay Publishers en 1981, cette première édition anglaise a été suivie de plusieurs rééditions : la deuxième en 1982, la troisième en 83 (réimprimée une seconde fois par la suite), la quatrième, entièrement revisitée, en 84 qui sera réimprimé en 85 puis en 86. On le trouve notamment en version couverture rigide ou souple.
1988 : C’est la spéciale dixième édition qui sera réimprimée plusieurs fois jusqu’en 1992.
Il existe une version Hollandaise édité pour le compte de Watersportcentrale. L’année de sortie est de 1987 puis rééditée l’année suivante Il y a également une édition Allemande de 1989 mais je ne l’ai jamais trouvé.

Deux versions françaises, ou plutôt francophones, ont été édité également pour le compte du magasin belge Watersportcentrale, mais aussi pour la société British Elite. On trouve beaucoup d’année d’éditions différentes car aucune mention n’est écrite dans ces ouvrages en langue Française.
Certaines sources indiquent 1986, d’autres 1988 et d’autres encore annoncent 1992. C’est finalement dans la dixième édition que l’on trouve la réponse : 1990.
Il semblerait que les deux versions (Watersportcentrale et British Elite) aient été édité la même année.
Lors de la publication de cette version française, 40000 exemplaires anglais avaient déjà été vendus.
Je me souviens que Léon Hoogendijk avait écrit dans un ancien Carp Scène qu’en 40 ans ce livre avait été traduit en 5 langues et vendu à plus de 100 000 exemplaires. C’est LE best-seller des carpistes.
C’est donc une véritable référence, un livre mythique dans lequel on découvrait le montage au cheveu et la pêche de la carpe en hiver.

Les anglais sont partis à la conquête des carpes françaises en 1984, notamment sur le lac de Saint-Cassien qui recelait des poissons énormes, inexistants sur leur île. C’est ici que notre regretté Henri Limouzin avait rencontré Paul Regent et ses amis pour une explication en bonne et due forme des techniques modernes de la pêche de la carpe. Il s’en est suivi l’article, non moins mythique, paru dans « La pêche et les poissons » (numéro 481 de juin 1985).
Il est à noter qu’à l’époque, les Anglais avaient déjà trouvé l’astuce du flotteur (type buldo ou balle de ping pong) pour décoller les lignes au-dessus des obstacles.
C’est amusant de voir, au fil des pages, des photos d’époque où nous apercevons des pêcheurs anglais de renom avec 30 ans de moins. On peine à reconnaître John Baker, le créateur de nombreux arômes devenus mythiques eux aussi. Ou encore Dave Thorpe, bien connu pour ses arômes vendus en France dans des fioles en verre dans les années 90 et début 2000.
On peut aussi observer une photo d’un détecteur : dans l’édition de 81, c’est le fameux Héron ; et dans celui de 88, il est remplacé par le Delkim Conversion. C’est très intéressant de voir l’évolution entre ces deux versions.

On trouve également une photo montrant un ami de Kevin Maddocks pêchant la carpe sur un pédalo, une batterie de 3 cannes à l’avant et une à l’arrière. Il s’agit là des prémices de l’actuelle pêche en bateau cabine pour traquer la carpe là où elle se trouve.
Mais revenons à la version française du livre. Le sommaire est très… sommaire ! En effet, il ne comporte que 7 chapitres : « les mordus de la grosse carpe », « le matériel », « technique et tactique », « la pêche d’hiver », « les appâts », « le lac de Sait-Cassien en France » et « mission impossible ». Notons que dans la première édition, on ne parle pas de Saint-Cassien, puisque les Anglais ne l’avaient pas encore pêché. Cependant, il existe un autre chapitre intitulé « memorable captures » dans lequel les grands pêcheurs de l’époque relatent leurs meilleurs souvenirs de pêche.
Dans sa préface, outre les habituels remerciements à ses amis et tous ceux qui l’ont aidé à écrire ce livre, Kevin Maddocks remercie surtout sa femme qui l’a supporté dans les moments difficiles. Par ailleurs, je crois que l’on peut tous remercier nos conjointes qui font preuve de tolérance face à notre passion qui nous pousse souvent à être absents des jours, voir des semaines complètes.
Les mordus de la grosse carpe :
Ce chapitre, très court puisqu’il ne fait qu’une page et demi, est en fait une deuxième préface écrite par on ne sait qui.
Il vante ici les mérites de Kevin Maddocks, nous apprenant ainsi qu’il était le premier à introduire la canne en fibre de carbone, et qu’il était à l’origine du montage au cheveu.
Il indique aussi que KM avait à son actif plus de 200 carpes de plus de 20 lbs (9kg, 1 livre anglaise faisant 0,454 kg) dont 21 de plus de 30 lbs (un peu plus de 13 kg). Cela parait dérisoire aujourd’hui lorsque l’on voit les innombrables 20+, en kilo cette fois-ci, prises par beaucoup de pêcheurs. Et pourtant, à l’époque, c’était vraiment exceptionnel.
Il nous explique aussi que les carpes anglaises ont déjà changé de comportement, leur remise à l’eau systématique les rendant méfiantes. Chez nous, en France, outre le fait qu’elles étaient très peu pêchées, elles ne pouvaient pas devenir prudentes puisqu’elles n’étaient pas, pour la plupart, remises à l’eau...

Le matériel :
Kevin Maddocks pêchait à l’époque avec du matériel totalement différent de celui utilisé en France.
Il nous fait effectivement remarquer que les cannes ne sont pas polyvalentes et qu’il faut donc utiliser la canne adéquate à la pêche pratiquée (bordure ou grande distance). Puissances et actions sont décrites en fonction du type de pêche.
Au passage, l’explication est donnée sur les puissances des cannes. Peu de carpistes savent à quoi correspond les puissances en livre indiquées sur les blanks. Pourquoi 2 lbs, 3lbs25, etc. ?
En Angleterre on détermine la puissance en test curve, c’est-à-dire le lest qu’il faut pour avoir un angle de 90 degrés entre le talon et le scion. Par exemple, s’il faut 0,900 kg, alors la puissance de la canne sera de 2 lbs.
Quant aux moulinets, KM vante les mérites du Cardinal 55 et du Baitrunner Shimano. Notez que 30 ans plus tard, le Btr est toujours d’actualité. Il n’était pas nommé dans le livre de 81 (il n’existait peut-être pas), Kevin Maddocks parlait alors du Mitchell 410.
Lorsque que l’auteur nous décrit les accessoires pour le bas de ligne, il nous parle d’un coup du montage au cheveu, comme… un cheveu sur la soupe ! Ça tombe du ciel. Il faut dire que ce montage a était révélé dans la première édition et, qu’entre temps, Henri Limouzin l’avait dévoilé dans le magazine « La pêche et les poissons » de février 82. De plus, d’autres livres étaient déjà sortis en 86, expliquant également ce montage (« Pêche de la carpe » de Tony Whieldon et « La pêche de la carpe à l’anglaise » de Brice Korbon).

Il est étonnant également que KM avait commercialisé un bed chair auquel on ajoutait des roues pour s’en servir de chariot. On ne le retrouve plus dans la quatrième édition, apparemment, ça n’a pas était une réussite commerciale…
Une petite phrase m’interpelle dans le livre de 1981 lorsque Kevin Maddocks écrit au sujet des sacs de conservation : « beaucoup de gérants de pêcheries de carpe en Angleterre interdisent de garder le poisson capturé dans un sac. » Ce n’est pas tant l’interdiction qui me fait réagir mais le fait qu’il existait déjà des plans d’eau privés spécialisés dans la pêche de la carpe. On avait réellement un très gros retard sur les Anglais.
Une grande avancée également par rapport à la France : La pêche de la carpe de nuit.
En France, celle-ci n’est autorisée que depuis 1994 sur le domaine public et il n’y avait pas énormément de plans d’eau privés. En 81, KM parlait déjà de pêche de nuit et en a même consacré 6 pages dans la première édition de Carp Fever.
Technique et tactique :
Une fois de plus, il est écrit que la localisation du poisson est prépondérante. Le Docteur Ernest Sexe nous le disait déjà cinquante ans plus tôt !
K. Maddocks ajoute : « la majorité des pêcheurs ne prennent pas assez de temps, ou même pas du tout, pour cette localisation ». C’est toujours le cas aujourd’hui !
Vent, température, pression atmosphérique, pression de pêche, nature et relief du fond, sauts, marsouinages, des roseaux ou des nénuphars qui bougent, etc : il faut ouvrir l’œil.

Concernant les lignes, Kevin préconisait déjà en 81 de détendre les fils car les carpes pourraient prendre la fuite en les touchant ou en les voyant. Pourtant, c’est dans les années 2000 que cela s’est réellement démocratisé.
On peut noter aussi que les fils en PVA (PolyVinil alcohol) étaient déjà utilisés au début des années 80.
Un paragraphe devrait être gravé dans le marbre des réseaux sociaux, au vu de ce qui s’y passe fréquemment (par exemple sur Facebook) : « prenez la pêche au sérieux, pour autant que cela reste un divertissement. Je pense qu’il est important de rester amical et correct vis-à-vis de ses collègues pêcheurs. En plus, n’enviez pas le pêcheur qui réussit mieux. Ce n’est pas de sa faute que vous preniez moins. »
L’histoire du montage au cheveu :
Il y a beaucoup de différences entre la première édition et la version française. En effet, 7 ans se sont écoulés entre les deux et Kevin Maddocks a apporté plusieurs précisions, notamment sur le montage au cheveu.
Dans la version de 1981, c’est très confus. Les croquis nous montrent des bouillettes enfilées directement sur l’hameçon. Il n’y a qu’un dessin montrant des graines sur cheveu perdu au milieu d’autres montages classiques. La quatrième édition et la version française sont beaucoup plus précises.
KM et Len Middleton ont inventé ce montage en 1978 (les prémices étaient déjà décrites dans le chef d’œuvre du Dr Sexe en 1937) en observant des carpes de 2 à 3 lbs dans un gros aquarium afin de voir leurs comportements face aux appâts libres, aux appâts armés d’un hameçon, un bas de ligne, etc. : Underwater avant l’heure. La méfiance des carpes étaient flagrantes face aux montages.
Ce que l’on sait moins toutefois c’est qu’ils étaient trois à réfléchir : Kevin, Len et Keith Gillings. Ce dernier n’a jamais été cité dans les magazines, mais il faisait bien parti de l’aventure, et avait apporté sa contribution.
La véritable histoire de cette découverte nous est racontée dans ce livre. Après trois cent heures passées à faire des tests dans un aquarium avec des carpeaux, il fallait trouver le moyen de faire croire aux carpes que l’esche piégée était un élément de l’amorce, c’est-à-dire libre, sans danger.
Len suggéra d’attacher l’esche à l’hameçon par un fil très fin. N’en n’ayant pas sous la main, il pris un cheveu de sa tête. Les premiers tests étaient concluants : les carpes se saisissaient de l’esche sans méfiance. Voilà donc pourquoi ce système s’appelle le montage au cheveu !
Pendant la phase de test en condition réelle, ils décidèrent de garder ce montage secret. La toute première utilisation de ce montage par Kevin Maddocks était en juillet 1979 sur le plan d’eau de Duncan Kay, à la cacahuète. Il avait alors utilisé un cheveu de sa femme. Premier essai concluant, une carpe de 10 livres se fait prendre.
C’est à ce moment que Keith apporta sa contribution. En effet, il préconisa d’utiliser, à la place de véritables cheveux, trop fragiles, un nylon très fin.
Ils gardaient donc ce secret et réalisaient de véritables cartons qui ne passaient pas inaperçu. Cela attira la curiosité et la jalousie, et Len finit par dévoiler le montage car la tension l’insupportait.
Vous connaissez donc maintenant toute l’histoire sur cette astuce qui a révolutionné la pêche de la carpe. Jamais ils n’auraient pensé que 40 ans plus tard, il y aurait des dizaines de milliers de carpistes qui utiliseraient leur montage au cheveu. Quelle chance que Len Middleton n’était pas chauve !

La pêche en hiver :
Voilà la deuxième révélation de ce best-seller. En effet, au début des années 80 la croyance voulait que les carpes hibernent en hiver, qu’elles s’envasaient.
Ici, Kevin nous révèle la possibilité de prendre des carpes durant la saison froide. En nous partageant son carnet de note qui date de 1976. Les Français avaient décidément vraiment du retard.
Il nous explique, entre autres, qu’une forte chute de température coupe l’appétit des carpes mais qu’une fois cette température stabilisée sur plusieurs jours, les poissons se remettent à s’alimenter.
Malgré tout, elles ne sont pas en frénésie alimentaire car leur métabolisme est fortement ralenti. Leur digestion est alors beaucoup plus longue.
La température critique est 3°C, nous dit-il. Mais il parle de la température au fond, là où se trouvent nos montages. Il est bon de le rappeler encore aujourd’hui car beaucoup de carpistes actuels parlent de la température affichée sur l’écran de leur écho-sondeur. Cette indication provient de la sonde, c’est-à-dire en surface. Il y a quelques degrés de différence avec le fond, il ne faut pas l’oublier (sauf cas particuliers).
KM nous explique que lorsqu’il y a une grande différence de température entre celle de l’air et celle de l’eau, les carpes ont tendance à monter vers les couches d’eau plus chaudes. Il n’hésitait alors pas à pêcher entre deux eaux. Ca me rappelle une technique contemporaine : le zig rig… ce n’est pas si récent que ça finalement.
Concernant les appâts pour cette période hivernale, il utilisait des bouillettes surdosées pour une meilleure diffusion dans l’eau froide et de couleur claire pour favoriser la localisation des appâts par la carpe. Il nous précise que la mie de pain est très efficace ainsi que le maïs doux qui est un de ses appâts préférés pour l’hiver (un petit clin d’œil à mon ami Arnaud C. au passage !).
Les appâts :
Ce chapitre est écrit avec l’aide de John Baker. Ce dernier est connu pour ses connaissances sur les appâts et notamment grâce à ses nombreuses créations d’arômes. Vous l’avez sans doute déjà vu dans des vidéos aux côtés de John Llewillyn.
Tout comme le Docteur Ernest Sexe 40 ans plus tôt, Kevin Maddocks préconise les arômes naturels plutôt qu’artificiels.
Il semble que les bouillettes à base d’aliments pour chat soient très efficaces et instantanées dans les endroits riches en nourriture naturelle. Sans doute une piste à reprendre…
KM insiste cependant sur le fait que l’appât ne fait pas tout. Il faut mieux une mauvaise bouillette placée au bon endroit qu’une excellente bille placée dans un « no carp’s land ».
Les pâtes molles (crues), nous dit-il, ont la préférence des carpes. D’ailleurs, à notre époque, et même si ce n’est pas tout à fait la même chose, la pêche à la pâte est à la mode dans les carpodrômes.
Mais il a observé que les appâts durs semblaient sélectionner les plus grosses carpes, sans compter qu’ils ne sont pas détériorés par les gardon, brèmes et autres poissons blancs.
La pâte molle était très utilisée pour la carpe mais, amorcer avec faisait le bonheur des poissons « indésirables ». Les pêcheurs anglais ont eu alors l’idée de plonger ces boulettes de pâte dans l’eau bouillante pour les durcir. Elles pouvaient alors résister aux assauts des brèmes, tanches, etc, et elles ne s’effritaient pas trop vite dans l’eau, permettant la pratique des amorçages d’accoutumances. La « boilie » était née et Henri Limouzin lui trouva le nom de Bouillette (contraction de boulette bouillie).

La théorie des HNV (High Nutritive Value – Haute valeur Nutritive) :
C’est au début des années 70 qu’un certain Fred Wilton révéla sa découverte qui lui permis d’attraper un grand nombre de carpes. Il cherchait un appât riche capable d’apporter tout ce dont avait besoin la carpe pour sa croissance et sa santé : les appâts HNV faisaient leur apparition.
Les appâts à basse valeur nutritive fonctionnent bien selon KM mais à court terme. En effet, l’odeur et le goût sont les plus importants dans un premier temps. Mais si on fait un amorçage d’accoutumance, l’appât, n’apportant rien sur le plan nutritionnel, n’intéressera plus les carpes. Dans mon métier, je rencontre beaucoup de pêcheurs qui achètent des bouillettes premier prix pour faire des ALT (afin que cela ne coûte pas trop cher) et du haut de gamme pour l’eschage. Je crois qu’il faut se poser les bonnes questions.
Dans ce livre, l’auteur nous rappelle que la carpe est omnivore en donnant une liste des appâts avec lesquels on peut prendre des carpes. On trouve, parmi les plus surprenantes, les graines de courgette, les raisin secs, les cerises, les macaronis, les bigorneaux, les crevettes décortiquées, les têtards, les smarties, etc.
Enfin, on trouve à la fin de la première édition, la liste des plus gros poissons d’Angleterre pris entre 1952 et 1980. On peut alors remarquer qu’en 80, Richard Walker détenait toujours la deuxième plus grosse carpe (une prise datant de 52), et qu’une carpe avait été prise 9 fois en 21 ans. La première date de 1959 au poids de 40 lbs. Quelle âge pouvait-elle avoir en 1980 lorsqu’elle avait été prise par Chris Yates à 51 lbs ?
Ce livre, comme celui du Docteur Sexe, nous montre bien que s’intéresser aux vieux bouquins pourrait nous apporter des améliorations dans notre pêche. Je suis sûr que de « nouvelles » techniques vont voir le jour dans les mois ou les années à venir alors qu’elles ont été écrites il y a 20, 30 ou 80 ans.
Tout carpiste devrait avoir ce best-seller dans sa bibliothèque, parce que c’est le début de la pêche moderne telle que nous la pratiquons tous.
Vous pourrez l’acquérir sur les sites habituels comme leboncoin.fr, ebay.fr, priceminister.com ou encore abebooks.fr où vous trouverez facilement la première édition anglaise.



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