Pression de pêche : comprendre et déjouer la méfiance des carpes éduquées
- Pascal Malahieude

- il y a 6 jours
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Dernière mise à jour : il y a 5 jours
Un peu comme Harry Potter et sa magie, le "chemin de traverse" est régulièrement emprunté par rapport aux Moldus, sur une route plus traditionnelle.
Eh bien, pour les carpes, il en va de même !

Avec un instinct de survie très développé chez les animaux, et donc chez les carpes également, celui-ci est utilisé au gré des passages réguliers des pêcheurs présents sur les différentes surfaces d’eau.
Parfois de manière radicale, en changeant de comportement alimentaire lorsque cela est possible, notamment en présence d’une nourriture abondante et variée.
Paramètres des bannières.
Pour ceux qui pratiquent régulièrement ces surfaces, souvent privatisées, nous savons pertinemment que l’élément le plus difficile à soustraire à la méfiance des carpes reste les bannières de lignes au contact de l’eau, disposées en plus ou moins grand nombre.
La carpe possède un organe précieux : la ligne latérale, qui lui permet de percevoir l’eau et ses vibrations, traversant de part et d’autre ses deux flancs sur toute sa longueur.
Pas toujours visible, mais plus apparent chez les carpes miroirs ou cuirs, dépourvues par endroits d’écailles.

Cet organe est redoutablement efficace pour détecter les bannières ainsi que les vibrations potentielles, en fonction du vent plus ou moins important, ou encore du corps de ligne utilisé (nylon ou tresse).
Ce phénomène peut rapidement devenir néfaste, au fur et à mesure que les carpes s’y habituent.
L’alternative consistant à couler les bannières à l’aide de back leads n’arrange pas forcément les choses, notamment sur des fonds irréguliers, en présence d’herbiers ou d’arbres morts.
La seule possibilité viable, permettant d’atténuer les tensions vibratoires, reste de détendre considérablement les bannières, lorsque celles-ci ne sont pas en contact avec des bordures encombrées.
Cela permet d’augmenter la zone de passage « safe » et la tranquillité des poissons sur les zones, tout en améliorant la détection des touches grâce à une plus grande confiance.
Changement de comportement alimentaire.
Il existe également une autre parade face à l’activité de la pêche de la carpe sur certaines eaux.
Un phénomène encore peu évoqué, car il reste relativement rare.
Seules certaines surfaces sont concernées, mais cela augmente considérablement la difficulté de capture, voire rend possible l’absence totale de touche pendant plusieurs jours.

Il s’agit de carpes qui ne se nourrissent plus sur le fond une grande partie de l’année, voire complètement.
Notamment vis-à-vis des appâts dispersés sur les spots par la majorité des pêcheurs.
À cela s’ajoute une nourriture naturelle omniprésente, qui ne représente aucun danger pour elles.
La pêche au Zig peut être une alternative, mais elle dépend de deux paramètres essentiels :
La présence d’obstacles (arbres, cassures, structures abrasives), qui peut compromettre un grand nombre de captures en raison de la finesse et de la longueur des lignes
La présence de nourriture en suspension, indispensable pour ancrer ce comportement alimentaire

Si l’un est présent sans l’autre, les chances de réussite restent faibles.
Comment font-elles ?
Vous vous demandez alors comment elles procèdent ?
Tout simplement en testant les amorçages avec leurs nageoires pectorales et par contact ventral, afin de soulever les appâts en suspension.
Elles privilégient alors les éléments les plus légers, se trouvant à dix, vingt ou trente centimètres au-dessus du fond, sans danger potentiel, car non associés à un hameçon, une pâte plombée ou un plomb.
Utilisation des particules.
Dans ce cas précis, il est essentiel de s’adapter au comportement de ces poissons.
Une fois les spots choisis (profondeur et substrat), il convient de s’orienter vers une base de particules telles que le chènevis, le blé ou le sarrasin.
Ces éléments sont faciles à soulever lors du passage des carpes et à aspirer à différentes hauteurs au-dessus du fond.
On peut y ajouter d’autres graines, à condition qu’elles conservent ces propriétés de légèreté, comme les petites noix tigrées ou les pois d’érable.
En revanche, il est préférable d’éviter totalement les bouillettes, quels que soient leurs diamètres, ainsi que les additifs liquides ou les sticks mix, trop associés au danger dans ces situations extrêmes.
Idéalement, privilégiez des graines préparées soi-même au bord de l’eau, plus naturelles et attractives, contrairement aux préparations industrielles contenant conservateurs et stimulateurs d’appétit.

Un cas concret
J’ai récemment fréquenté ce type de plan d’eau à la mi-décembre, que je pêche une fois par an sur plusieurs jours.
Une surface existant depuis plus de cinquante ans, avec un peuplement de carpes anciennes, farouches et particulièrement éduquées.
Autant dire qu’elles en ont vu passer devant leurs barbillons !

Une surface d'eau qui existe depuis plus de cinquante ans, avec un peuplement de carpes anciennes et farouche de nature et d'avantages éduquées jusqu'à aujourd'hui.
Elles en ont vues donc pas mal , passer devant leurs barbillons !
Éviter les sauts.
Un des réflexes les plus courants consiste à pêcher directement sur des sauts de carpes.
Cela part d’une bonne intention, avec souvent des résultats.
Mais dans ces cas extrêmes, cela peut devenir contre-productif.
Pêcher directement sur ces manifestations provoque souvent la fuite immédiate des poissons, notamment à cause des nuisances sonores : bateau, moteur électrique, échosondeur…

Autant d’éléments facilement détectables par des carpes extrêmement méfiantes.
Il en va de même pour les bateaux amorceurs trop sollicités ou les séances intensives de spomb, autrefois associées à la nourriture mais aujourd’hui perçues comme un signal de danger.

Il est donc préférable de pêcher en amont des zones d’activité observées, avec discrétion : bateau léger, rames ou déplacement lent avec un bait boat.
Le repérage peut se faire à l’aide d’un flotteur sondeur, complété par un spodding stick pour analyser les substrats.
Aucun repère ne doit être laissé dans l’eau afin de réduire au maximum les nuisances et instaurer un climat de confiance.
Un montage adapté.
Le montage doit être à la fois léger et efficace au ferrage.
Un système Drop Off avec plomb in-line est particulièrement adapté, monté sur un leader ou une tête de ligne, contournant l’axe central et relié à un émerillon double anneau.
Ce système permet de conserver les avantages du plomb in-line pour un ferrage optimal, tout en évitant les inconvénients durant le combat.

Le plomb est libéré automatiquement dès la touche, limitant les décroches dues aux chocs répétés.
Le bas de ligne sera plus long pour offrir davantage de liberté, avec une partie dénudée de 5 à 15 cm sous l’hameçon, en blow back rig avec petit anneau et aligneur (droit ou courbé).
Cela optimise la rotation et favorise une piqûre au centre de la lèvre inférieure, là où la tenue est la meilleure.

L’eschage
L’eschage pourra se faire avec une petite noix tigrée coupée, légèrement surélevée par une mousse noire, ou percée pour obtenir un appât parfaitement équilibré.
Qu’il soit flottant ou équilibré, l’appât doit se soulever et redescendre très lentement, de manière naturelle.
Comme lors d’un test dans l’eau avec la main, ou sous l’action d’une nageoire pectorale.
Une flottante peut également être utilisée, à condition qu’elle soit neutre ou peu odorante.

Une progression possible.
Ce type de situation reste exceptionnel et peut sembler radical face aux nombreuses solutions offertes par la pêche de la carpe moderne.
Cependant, il ne faut pas oublier que, malgré l’efficacité des techniques actuelles, elles trouvent leurs limites sur des plans d’eau anciens, peuplés de carpes expérimentées.
Ces dernières perçoivent clairement le danger, développant une méfiance accrue envers tout ce qui entoure l’hameçon.

D’autant plus dans des milieux riches en nourriture naturelle, où elles privilégient les sources les plus sûres.
Même si ces cas restent rares, ils tendent à se développer.
Les carpes s’adaptent, évoluent et savent ajuster leur comportement en fonction de leur environnement.



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