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Les dangers du bateau-cabine

Toute aventure, aussi belle soit-elle, impose son lot de difficultés. Les contraintes et les dangers inhérents à l’usage d’un bateau cabine ne doivent jamais être occultés. Ces contraintes sont logistiques, administratives et financières. Je ne m’y attarderai pas ici, préférant développer les dangers bien réels auxquels on s’expose en action de pêche. Ils guettent la moindre erreur du capitaine. Sous-estimez-les, ignorez leurs signes avant-coureurs, relâchez votre vigilance lors de manœuvres délicates… et vous pourriez le payer de la perte de votre bateau, de son contenu, voire de votre vie.



Les trois principaux dangers sont la crue en rivière, la tempête en lac et l’accident nautique. Les ayant côtoyés de très près à plusieurs reprises, j’invite tout futur capitaine à en prendre pleinement conscience.

Les crues en rivière sont souvent subites et leur ampleur difficilement prévisible. Un orage violent sur le bassin versant peut métamorphoser un paisible ruisseau en fauve rugissant en l’espace de quelques minutes. La pluie diluvienne transforme le pont en baignoire, le zodiac s’enfonce — avec, en prime, la destruction de la batterie lithium — et le bateau est entraîné malgré ses 80 kg de lest. C’était sur le Lot, en 2018. Mon équipier Éric et moi n’avons dû notre salut qu’à des réflexes bien rodés, à un sang-froid salvateur et, surtout, à un matériel irréprochable : une pompe de cale infaillible et un moteur thermique de 30 chevaux qui nous a péniblement poussés vers une zone calme, heureusement située un peu en aval, derrière une écluse.



2017, lac de Biscarrosse.

Furtif est ancré en bordure afin d’assurer une nuit paisible à ses passagers. Le jeune capitaine que j’étais commit alors une lourde erreur : positionner la poupe face aux vagues. Je ne m’inquiétais pas ; elles étaient modérées, de simples vaguelettes sans conséquence. Mais durant notre sommeil, le vent se leva, augmentant l’amplitude des vagues qui finirent par déferler dans le bateau. La pompe de cale n’était pas enclenchée. Bref, nous prenions l’eau. La gîte à tribord fît glisser mon équipier dans mes bras. Horrifié par cette promiscuité masculine totalement indésirable, le réveil fut brutal… mais salutaire. Nous eûmes juste le temps d’actionner la pompe et de larguer les amarres latérales afin que Furtif se place face au vent. Mon équipier Paolo retrouva sa couchette, et moi, mon honneur. L’adrénaline retomba aussitôt.



2019, lac de Madine.

La météo annonçait des vents soutenus. À l’époque, je ne savais pas encore estimer à partir de quelle vitesse il valait mieux faire le gros dos dans une baie en attendant des conditions plus clémentes. Des rafales à 80 km/h étaient annoncées par Météo Radar. Par défi, par bravoure, par passion — ça déroulait — je suis resté à découvert sur le lac. Grave erreur, pure inconscience. Le bateau s’est retrouvé maintenu par quatre amarres alignées, heureusement la proue face aux vagues.



Un roulis capable d’arracher les boyaux d’un marin au long cours m’enseigna le mal de lac. Je connaissais déjà le mal de mer : l’effet est strictement identique. Les mousquetons du zodiac tambourinèrent si violemment contre la coque que la peinture dut être refaite par la suite. Imaginez un instant que le bateau se soit présenté de travers… ou que je sois passé par-dessus bord.



Enfin, le dernier danger majeur de la pêche en cabine reste l’accident nautique. Les manœuvres de mise à l’eau sont délicates et exigent une attention absolue. Le moindre détail compte. En 2021, Fred m’accompagnait avec son propre cabine sur la Marne. Lors de la mise à l’eau, il n’avait pas correctement verrouillé l’attache de la remorque. Celle-ci se détacha et dévala avec fracas dans la rivière, bateau encore dessus. Fred se trouvait heureusement sur le côté…



La même année, je pêchais seul dans le secteur de Port-Montain, sur la Seine. J’étais ancré à l’entrée d’un bras mort, relié à la Seine navigable, bien à l’écart des sillons des lourds porteurs. Soudain, la corne de brume assourdissante d’une péniche surgissant droit sur moi me pétrifia. Aucun temps pour réagir : je voyais déjà la fin de mon aventure et Furtif par le fond. Elle s’arrêta à dix mètres. Ouf. Le capitaine effectuait en réalité une manœuvre de demi-tour et avait besoin d’espace. Imaginez s’il n’avait pas aperçu ma frêle embarcation… Je pense avoir battu ce jour-là le record du monde de vitesse de déplacement d’un bateau cabine.



Les passages d’écluse sont tout aussi délicats. La moindre erreur ne pardonne pas. Inexpérimenté, lors de mon premier passage sur le Lot, j’avais amarré Furtif avec un cordage trop court. Le niveau descendait rapidement, la corde se tendait, le bateau basculait dangereusement. J’ai juste eu le temps de trancher l’amarre. Imaginez si je n’avais pas eu un couteau bien affûté à portée de main… J’ai tout de même perdu un rod-pod, arraché par la tension du cordage qui l’entourait. Un dégât mineur au regard de ce qui aurait pu arriver.



Je pourrais multiplier les récits d’incidents : chutes accidentelles avec blessures ouvertes, radiers surgissant de nulle part et brisant l’hélice, pannes de carburant, pannes moteur en solitaire, loin de toute mise à l’eau, embourbement à la remontée de la mise à l’eau … et bien d’autres encore. J’ai de quoi réécrire un papier avec le même titre que celui-ci. Si cela vous intéresse évidemment.



Vous l’aurez compris, tel est le sens de cet article que j’offre à Christophe Courtois pour garnir son site internet : les galères sur l’eau peuvent être infiniment plus graves que celles rencontrées sur le plancher des vaches. Les candidats à la pêche en bateau-cabine doivent en être conscient.

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