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Introduction et 1er Chapitre du livre Intégraal en lecture gratuite- 100 exemplaires disponible en série limitée !

Dernière mise à jour : 12 déc. 2025

C’est indéniablement le best-seller de la trilogie. Tiré à 1000 exemplaires en décembre 2017, Intégraal a été réimprimé en février 2024 pour répondre à la demande de ceux qui venaient d’acheter les tome 2 et 3, et qui logiquement recherchaient le 1er. Ces 100 exemplaires supplémentaires d’Intégraal ont vite trouvé acquéreurs, puisqu’en septembre 2024 il n’y en avait déjà plus !

 


Comme la même année l’éditeur (qui était aussi celui de Média Carpe) a mis la clef sous la porte, plus d’éditeur, plus de livre, plus de salon (donc celui de Montluçon en 2025)… Pour répondre une nouvelle fois à ses lecteurs, Éric Deboutrois a fait réimprimer à l’identique un petit tirage du tome 1. Il sera disponible auprès de l’auteur, normalement à compter du 16 décembre. C’est Noël avant l’heure, mais pas sûr qu’il y en ait encore pour les Carp Days à Moulins.



Éric Deboutrois vous offre ci-dessous et en lecture gratuite l'introduction ainsi que le 1er chapitre de son livre INTREGRAAL.

Bonne lecture !


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Introduction

 

Il était une fois un pêcheur, pas un vieux ni un jeune, intemporel. Il attendait tellement un poisson, son heure ou que sais-je, qu’il aurait pu voir pousser les pierres. Mais voilà, ce n’était que le bout de ses scions pointés vers les étoiles qu’il regardait.


Ce matin là, il n’avait vu pour tout signe d’activité qu’une araignée affairée au dernier anneau de sa longue canne. Elle semblait lui parler du temps qui passe, des enfants qui grandissent et fatalement de leurs parents qui vieillissent, du cycle de la vie… Tout en l’écoutant, son regard se perdait dans ses souvenirs et dans la toile qu’elle ourdissait méthodiquement, déjà décorée de quelques plumes apportées par le vent, et de perles de rosée.


« A chaque étape de ta vie tu seras tiraillé par des forces, certaines bonnes, d’autres mauvaises » dit-elle. « N’écoute pas les mauvaises, elles t’entraîneront dans une mauvaise direction. » L’araignée tissait toujours sa toile, du centre vers l’extérieur. Quand elle eut mis fin à son ouvrage, elle dit au pêcheur :

« Regarde l’anneau de ta canne. J’ai fait cette toile pour t’aider. Elle peut filtrer tes rêves et tes visions. Fais-en bon usage. Si tu crois, elle t’aidera à les réaliser. Chaque nuit, elle retiendra captifs tes pires cauchemars et guidera vers les plumes tes plus beaux rêves. Au petit matin, le soleil levant brûlera définitivement les mauvais rêves, tandis que les beaux pourront s’envoler pour se réaliser et être rêvés à nouveau. »


Il y a tellement de similitudes entre ma vie de pêcheur, se dit-il, et la légende des attrapeurs de rêves que me rappelle cette araignée, que parfois elles se confondent. Je n’ai jamais cherché dans la pêche ou dans cette allégorie à trouver, pire à devenir, un quelconque personnage mythologique. Je me serais égaré sur la piste des Tartarin et autres Bidochon à qui toute logique a échappé. Non, j’ai fait mienne cette légende amérindienne, relâchant au petit matin celles et ce que j’ai rêvé la veille.


C’est dans le même esprit que depuis quelques années, j’ai pris ma plume pour qu’à la lecture de ces lignes je puisse revivre ces moments. Les mauvais ont presque disparu de ma mémoire avec l’aurore et seuls les meilleurs me survivront. Quelques-uns ont déjà été publiés. Les avez-vous peut-être déjà lus ? Avez-vous peut-être cette indescriptible sensation d’en avoir déjà vécu des passages ?

Si nous avons les mêmes rêves, voyons les mêmes étoiles, c’est que nous faisons partie de la même famille, celle qui dort sous la même longue voûte à laquelle est suspendu cet attrapeur de rêve. Vous avez rêvé un songe que j’ai relâché, à moins que ce ne soit l’inverse.


Je vous rassure si vous deviez l’être, j’ai également pris le temps de bonifier beaucoup d’inédits, extraits de mes carnets de pêche. Ceux-là vous ne les avez pas lus… Et même après les avoir lus une fois, je suis persuadé qu’à la deuxième ou troisième lecture, vous leur découvrirez un sens nouveau.

Mis bout à bout, ces morceaux de vie constituent ce que j’ai trouvé de plus beau dans ma quête, se dit le pêcheur.

  

Chapitre 1 

 

Attrapeurs de rêves

 

Juillet 1998. La Peugeot 205 de Stéphane est chargée à bloc, taille approximative des poissons que nous partons chercher sous d’autres cieux. Des bruits courent sur cette eau, ressemblant à ceux que font les vaches en sautant d’un plongeoir olympique : il y aurait « trente plus ».


Nous n’avons pas d’autre indication sur cette base de loisirs, donc pas plus d’à priori. Sur place, après une courte réflexion sur l’anthropisme, la seule zone libre nous choisit. Nous jouons les sherpas pour y emporter l’essentiel et probablement tout le superflu puisqu’il faudra faire pas moins de trois tours pour tout décharger. Bon prince, Stéphane me laisse choisir.

-         Je prends la pointe ainsi que le flanc de l’île à gauche et te laisse la pleine eau, face à nous ?

-         Adjugé !

A peine finissons-nous d’installer notre matériel qu’un autochtone vient à notre rencontre d’un pas décidé, un lance bouillette dans une main, un seau dans l’autre.

-         Bonjour, vous êtes sur mon poste…

-         Hein ? Bonjour… Ah… désolés, on ne savait pas.

-         Vous amorcez à quoi ? J’espère que ne vous balancez pas de la merde et que vous n’allez pas me pourrir le poste.

-         Euh… on n’amorce pas. On pêche au soluble…

Et mon gars d’ouvrir son seau puis de commencer à pousser quelques bouillettes entre nos cannes.

-         Je les roule pas, je fais juste des oreillers… ça part aussi bien !

J’ai l’impression de vivre un extrait du « Père Noël est une ordure ». Effectivement, roulé sous les aisselles, ça part bien… dans les chaussettes ! Mon regard croise celui de Stéphane. Incrédules et impassibles, nous sommes, en un mot, déconsidérés. Où avons-nous mis les pieds ? Au bout d’une douzaine de jets, notre hurluberlu repart comme il était venu. On ne le reverra plus.



La première nuit est calme. Rien, pas un bip, pas un saut qui ne vienne perturber notre sommeil avec des histoires d’oreillers. Le début de journée se passe à l’identique, nous laissant observer à loisir, qui les joggeuses, qui la surface de l’eau. Je ne dirai pas qui lorgne où, juste que dans l’après midi, Stéphane voit une carpe marsouiner.

Bien au delà de l’île, loin, l’imite un second cétacé. C’en est trop, Stéphane relève un montage et change une bobine garnie de nylon de trente centièmes pour une de vingt quatre. D’un geste souple, mais néanmoins viril, il envoie balader aussi loin que je m’en souvienne une friandise de dix huit millimètres qui sent bon le chocolat malt et l’huile essentielle d’orange.

Bip…bip…bip… Le swinger descend. En guise de carpe, c’est une brème qu’il ramène. Que dis-je ? Une brêmeuuuuh, de la famille de celles qui sautent du plongeoir olympique. Est-ce un présage ? Bille neuve, le service est remis, au même endroit ou presque. Même scénario : bip…bip…bip. Deuxième brème, calibrée à l’identique. Espérant être plus sélectif Stéphane me demande :

-         Éric… Tu as des vingt quatre ?

-         Oui… Tu veux que je t’en file ?

-         Euh non merci. Juste que tu m’en donnes une… 

Stéphane esche donc une bouillette de vingt quatre millimètres, et prend, sûrement par pure coïncidence, une carpe d’une dizaine de kilos.

-         Tu n’as pas de touche à gauche. Décale ta batterie, me dit-il, passe à ma droite.

-         Non c’est bon…

-         T’es sûr, il y a de la place pour deux en pleine eau ?

-         Oui, il n’y a pas de raison que ça ne démarre pas ici aussi.

-         Comme tu veux… 

Une heure après, alors que Stéphane vient de prendre une seconde carpe de même gabarit :

-         T’es vraiment sûr ?

-         OK, mais c’est bien parce que tu insistes…

En deux temps trois mouvements, je relève les quatre montages et fais un saut de puce à droite. Mieux que le ferait une geisha, j’enfile quatre bouillettes sur un fil soluble, puis trois sur un second, deux sur un troisième. Le quatrième hameçon n’aura pas de soluble, mais deux vingt, c’est plus voyant, sur le cheveu. De la sorte, les montages sont dégradés in the middle of nowhere, ce qui ne signifie pas outre manche chez les grecs, mais pas bien loin quand rien ne va. En tout cas, comme les carpes n’en veulent pas, c’est probablement ici qu’elles les trouveront.


Décidément, la chance reste collée aux basques de Stéphane. Il enregistre, vers vingt trois heures, un nouveau départ. Le bougre a du marcher dedans, et du pied gauche ! Il m’amène à l’épuisette un poisson comme nous n’en avions jamais vu de si près, hormis dans les revues. Nos pesons sont gradués jusqu’à vingt deux kilos. Ce qui nous semblait loin il y a peu de temps encore est subitement dépassé. L’aiguille s’arrête au-delà du réel, une graduation au-dessus du maxi. Stéphane pulvérise son record personnel. Pourtant, je sens que sa joie est contenue.

-         Éric… dis moi ?

-         Oui…

-         C’est chiant quand l’un touche et l’autre… Enfin… Tu n’es pas… 

-         Jaloux ? Ben non. Aujourd’hui, c’est à toi que la chance sourit et je suis super content pour toi.

Nous savions pourtant à cet instant, l’un comme l’autre, qu’il nous manquait un je ne sais quoi pour passer dans une autre dimension. Un simple bip peut-être ? Je ne sais pas qui, lui, moi ou le destin, je voulais convaincre en ajoutant :

-         Et puis qui sait, ce n’est pas encore fini… c’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses. 

Une heure plus tard, nous sommes assis aux talons des cannes à regarder les ondes que fait la carpe au sac, lorsqu’un bip retentit. Un seul. Un simple bip. Mon cœur monte dans les tours. J’ai la main sur la canne. L’écureuil grimpe à son tour, je ferre. Aucun doute n’est permis.

-          Stéphane… J’ai un tracteur !

L’instant est surréaliste. J’ai l’impression d’avoir attrapé le fond et que tout tourne autour de moi, au ralenti, style Matrix. Tout flotte, sans à coup. Chaque seconde semble durer une éternité. Le fond bouge et part sous les cannes de Stéphane, complètement à gauche. Je ne maîtrise rien, je subis tout. Le poisson ne me prend pas de fil, mais va exactement où il veut, comme si je n’existais pas. Il se rapproche de la bordure en arc de cercle, forme de ma canne qui a désormais pour toute réserve de puissance celle d’une nouille. Un combat mené dans les règles ressemble d’ailleurs à la cuisson des pâtes, seul art culinaire que je maîtrise à peu près, avec la cuisson de l’œuf dur. Al dente, le poisson longe la bordure, bascule sur le flanc et se laisse mener à l’égouttoir. Stéphane allume sa frontale.

-         P… Elle est vachement plus grosse que la mienne.

-         Arrêtes, tu déconnes ! ?

-         Non ! J’te jure… Elle est é-nor-meeuuh !

Nous devons nous y mettre à deux pour soulever l’épuisette et poser la carpe sur le tapis. Elle n’est pas énorme, elle est hors norme. Le matelas de réception fait un mètre et elle dépasserait à droite, à gauche si nous n’en avions pas mis deux, bout à bout. Le peson fait plus d’un tour, l’aiguille est bloquée au taquet et le poisson touche toujours le sol.


Nous bricolons un système pour essayer de répartir le poids sur nos deux pesons. Une rapide addition nous donne plus ou moins trente… Trente ! C’est de la pure folie, Stéphane m’embrasse sur le front, saute sur place. Nous hurlons notre joie. Vingt trois et trente… Autant dire qu’on n’en dormira plus de la nuit, assis comme deux gosses à surveiller chacun sa ficelle attachée au piquet, plongeant dans l’eau comme d’un sautoir olympique.


Au petit matin, je crois que tous les pêcheurs de la base de loisirs étaient autour de nous pour assister aux photos. Ils savaient depuis la veille au soir que Stéphane avait pris un beau poisson, mais ils ignoraient qu’il y en avait un second. L’un d’eux alla chercher son peson gradué jusqu’à cinquante kilos, qu’il régla sur zéro. Pour éviter les manipulations, les poissons furent pesés avec le sac. Déduction faite, celui de Stéphane est adjugé à vint deux kilos huit cent grammes. Quant au second, l’aiguille monta à plus de trente et un…



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