Game au vers
- Éric Deboutrois

- il y a 15 heures
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Dernière mise à jour : il y a quelques secondes
Depuis quelques temps on observe Outre-Manche, et ce de façon cyclique qu’une « mode » chasse l’autre. Leurs carpes soumises à une forte pression de pêche évitent certaines zones ou approches stéréotypées. Nécessité faisant loi, prendre le contrepied et pêcher vraiment différemment des autres est souvent la solution pour relancer les touches. Même si on n’en est pas encore là en France, sauf peut-être dans certains plans d’eau commerciaux hyper fréquentés, il est intéressant de faire un peu de veille pour éviter de faire les mêmes erreurs.

Les appâts classiques
Lorsque « ça marche », et c’est encore très souvent le cas, les bouillettes sont pour moi l’appât idéal. Si leur attrait vous paraît vraiment diminuer on peut éventuellement jouer sur la présentation (densité, montage...), ou dresser la table de façon différente en jouant sur l’amorçage (plus serré, plus dispersé, sur le long terme…) voire sur le diamètre (souvent en diminuant radicalement la taille). Certaines bouillettes vendues pour être « instantanées » sont souvent surdosées en additifs. Si effectivement elles fonctionnent assez bien sur des poissons naïfs ou lorsque la nourriture est pauvre, à contrario elles peuvent être boudées par les poissons éduqués. Il est peut-être utile de les délaver en les faisant tremper dans l’eau que vous pêchez une journée ou deux. Il y aurait aussi la solution de rouler ses propres bouillettes avec des farines fraîches ou d’acheter les appâts qualitatifs. Or tout le monde veut – et ça se comprend – des bouillettes bon marché. Il existe alors la solution de basculer sur toute une palette de graines souvent oubliées qui ont pris et prendront encore longtemps des carpes ou d’utiliser des granulés. Bref, comme tout est cyclique tant que tout le monde ne fait pas la même chose, il y a encore pas mal de bonnes alternatives.

Les spots
Très souvent un bon spot reste un bon spot. Si les carpes semblent se balader un peu partout sans but apparent, elles ont une excellente mémoire spatiale et savent retrouver le bon spot mieux que nous le sauront jamais. Quoique le pêcheur rattrape petit à petit son retard grâce aux distances sticks ou aux GPS, au sac solubles et aux bateaux amorceurs, en arrivant à pêcher au mètre près. Tant qu’on sait un poste productif, on aurait tort de ne pas y mettre un montage...
Aussi arrivera un moment, lorsqu’il sera trop matraqué, qui plus est avec les mêmes appâts, où les carpes finiront aussi par s’en détourner. On n’a pas arrêté de dire pendant des années par exemple qu’il fallait chercher et pêcher les taches plus dures au milieu des fonds mous, ce que beaucoup ont fait ou font, ai-je besoin d’en dire plus ? Si le fond est dur et propre, c’est souvent parce les carpes l’ont nettoyé, donc oui ça marche, un certain temps. Oui notre montage sera pêchant, mais également visible comme le nez au milieu du visage, donc les poissons hyper prudents. C’est peut-être le moment de pêcher un peu plus dans la vase (ou le limon) avec un montage adapté. On dit souvent (et à raison) que les poissons prudents mangent en périphérie des amorçages, c’est également le cas en périphérie des zones dures, dans les premiers décimètres de limon. Ces zones de transition sont également très bonnes en lac, en tout cas plus faciles à pêcher que les bordures ou pentes de cailloux (même si on peut filouter en y pêchant avec des appâts décollés et à lest -cailloux- perdus).

Le néo-vintage en termes d’appâts
Lorsque les conditions sont vraiment difficiles et que les bouillettes et appâts classiques font choux blancs, il est possible de faire du neuf avec de l’ancien, on va voir quand, comment et pourquoi maintenant. Concrètement la mode outre-manche est depuis quelques temps aux vers et autres asticots, technique qui s’avère redoutable.
Il est préconisé de l’utiliser dans deux grands cas de figure. Primo lorsque les eaux sont froides, disons dans la fourchette basse des 10-15° et les poissons blancs moins actifs (sinon ils vont ruiner votre précieux amorçage). Deuzio lorsque les eaux ont été intensivement pêchées dans la durée, donc à fortiori en fin de saison.

Vers sur vers
Les vers sont à réserver aux grandes occasions, parce qu’ils sont soit un peu laborieux à trouver (et à conserver), soit carrément hors de prix lorsque vous n’avez pas d’autre choix que de les acheter. Il faut en effet à minima un bon litre pour commencer à amorcer, sachant que pour une pêche d’une journée un seau d’une dizaine de litre pourrait ne pas suffire. A 2€ les 40 vers chez votre détaillant, ou à 50€ minimum le litre dans une ferme lombricole l’addition est vite lourde.
Leur attrait est lié aux acides aminés qu’ils contiennent. Inutile d’ajouter quoique ce soit, les carpes les détecteront naturellement ; elles en raffolent ! D’un autre côté les acides aminés marqueront la zone amorcée, même quand il ne restera plus grand chose à manger. De plus les vers coupés n’iront jamais bien loin. Pour les préparer en grande quantité et libérer leur « jus » vous devez les couper en morceaux avec des ciseaux à lames multiples, les mêmes qu’utilisent les pêcheurs au coup.
Une fois les carpes localisées, l’amorçage doit être concentré et les lignes parfaitement placées. Comme l’idée est de tromper des poissons sous pression, l’esche doit être identique à l’amorçage à défaut de quoi vous obtiendrez l’effet inverse. On peut au choix pêcher « à l’ancienne » (en enfilant les vers sur l’hameçon), ou utiliser un montage au cheveu ce qu’évidemment je vous conseille. Ce dernier offre l’avantage de bien dégager l’hameçon et surtout de pouvoir faire un montage tricheur. J’entends par là escher une pop-up assez neutre ou de faux vers en plastique, coiffés par de vrais vers enfilés sur un fil dentaire noué ou avec retenu par un élastique emprunté aux pêcheurs au quiver. L’avantage du montage tricheur est de rester pêchant si les vrais vers sont grignotés par la blanchaille ou les perchettes.

Maïs doux, asticots en vers et contre tous
Sous l’eau les asticots ont tendance à se balader parfois loin ou à se mettre à l’abri sous les cailloux, mais ils ont l’avantage de revenir bien moins chers que les vers (8/9€ le litre). Si les deux sont revenus à la mode, les trois devrais-je écrire si on ajoute le maïs doux encore meilleur marché, la raison me parait simple. Ces trois esches sont très efficaces mais tiennent assez mal à l’hameçon. Avant l’apparition et la démocratisation des « fake baits » cette dernière décennie il était quasiment impossible de pêcher plus de quelques dizaines de minutes avec, sauf en pêchant au quiver ou au feeder. Ces fausses esches en plastique ont ouvert le champ des possibles dans la traque spécifique de la carpe.

La fin des asticots ?
Les asticots intéressent tellement les carpes qu’elles peuvent se fixer dessus et ne plus rien vouloir d’autre. Certains pêcheurs l’ont bien compris et ont fait de belles pêches en Angleterre. Mais à trop en mettre parfois, individuellement ou collectivement, tous ne sont pas consommés. Or le revers de la médaille c’est que contrairement aux autres appâts les asticots dégagent de l’ammoniac qui, au-delà d’une certaine quantité nuit à la qualité de l’eau et en cascade à la santé des poissons. Quelques plans d’eau anglais les ont soit interdit, soit ont limité leur utilisation à 2 litres environ par jour.



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