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Civelles : la France sous pression face à une pratique jugée « scandaleuse » dans la Réserve naturelle de la Baie de l’Aiguillon

La capture des civelles dans une réserve naturelle provoque un tollé. La polémique enfle autour de la pêche des civelles en France. Dans un communiqué commun publié le 28 mai 2026, la Fédération Nationale de la Pêche en France (FNPF), la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), Réserves Naturelles de France et le Comité français de l’UICN demandent l’arrêt immédiat de la capture des civelles dans la Réserve naturelle nationale de la Baie de l’Aiguillon.


Une pratique jugée « scandaleuse » dans la Réserve naturelle de la Baie de l’Aiguillon
Une pratique jugée « scandaleuse » dans la Réserve naturelle de la Baie de l’Aiguillon

Une situation que les différentes organisations qualifient d’« incohérence totale », alors même que l’anguille européenne est classée en danger critique d’extinction à l’échelle mondiale depuis 2008.


Une espèce en chute libre depuis plusieurs décennies

Poisson emblématique des estuaires et des rivières européennes, l’anguille européenne traverse une crise biologique majeure. Selon les données relayées dans le communiqué, sa population aurait chuté de 90 % en près de cinquante ans.

Parmi les causes avancées :

  • la dégradation des milieux aquatiques,

  • les barrages et ruptures de continuité écologique,

  • la disparition des zones humides,

  • les pollutions,

  • la surpêche et le braconnage.

Depuis 2022, les scientifiques du Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM) recommandent l’arrêt total de la pêche de l’anguille, à tous les stades de son développement.


Jusqu’à 15 millions de civelles capturées dans la réserve

C’est précisément ce point qui cristallise aujourd’hui les tensions. Dans la Réserve naturelle nationale de la Baie de l’Aiguillon, située au cœur du Marais poitevin, jusqu’à 10 % du quota national de civelles serait capturé chaque année, soit plus de 15 millions d’alevins.

Les signataires dénoncent également le fait qu’une partie importante de ces civelles soit destinée à des opérations de repeuplement dans d’autres rivières européennes, sans véritable suivi scientifique, alors que les populations locales restent extrêmement fragiles.

Pour les associations et organismes engagés dans ce dossier, autoriser une telle exploitation au sein même d’un espace naturel censé offrir le plus haut niveau de protection constitue une contradiction majeure.


Crédit photo : FNPF : Une situation que les différentes organisations qualifient d’« incohérence totale »
Crédit photo : FNPF : Une situation que les différentes organisations qualifient d’« incohérence totale »

Des réactions fortes de la part des institutions

Plusieurs personnalités ont pris publiquement position dans ce dossier sensible.

Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO, estime qu’il est temps que « la France en finisse avec cette tolérance inacceptable ».

Claude Roustan, président de la FNPF, dénonce quant à lui « un anachronisme qui doit impérativement cesser ».

Du côté du Comité français de l’UICN, la présidente Maud Lelièvre rappelle qu’autoriser l’exploitation commerciale d’une espèce en danger critique d’extinction dans une réserve naturelle revient à « vider de son sens le plus haut niveau de protection prévu par la loi française ».


Crédit photo : Laurent Madelon / FNPF : "Les conclusions devraient prochainement être transmises au ministère de la Transition écologique"
Crédit photo : Laurent Madelon / FNPF : "Les conclusions devraient prochainement être transmises au ministère de la Transition écologique"

Une décision attendue prochainement

Depuis plusieurs mois, un groupe de travail piloté par le préfet de Charente-Maritime étudie les mesures susceptibles de renforcer la protection de l’anguille au sein de la réserve.

Les conclusions devraient prochainement être transmises au ministère de la Transition écologique. Les différentes organisations espèrent désormais une décision forte de l’État concernant l’avenir de cette pêche particulièrement controversée.

Au-delà du débat réglementaire, cette affaire relance une question plus large : jusqu’où peut-on continuer à exploiter une espèce en danger critique d’extinction au nom des traditions, de l’économie ou du repeuplement ?

La question est désormais clairement posée.

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